Hussein
Saleh
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Yemen

Nous nous souvenons de Hussein Saleh

Hussein Saleh naît le 17 novembre 1976 à Yafea, dans ce qui est alors le Yémen du Sud. À la fin de ses études secondaires, il trouve en 1994 un emploi de responsable des ventes chez All Jaya Eka Cipta, une société d’import-export qui met en relation des détaillants et des usines de confection en Indonésie. Il y travaille pendant deux ans. Il exerce ensuite pendant 18 mois une fonction similaire dans une société d’import-export de Bangkok, Saleh International. Pendant son séjour dans la capitale thaïlandaise, Hussein étudie le stylisme et suit des cours d’anglais général et commercial. Il travaille ensuite pour trois autres sociétés d'import-export entre 1998 et 2005 : M.W. Company Ltd, à Taipei (Taïwan) ; Alpha Talent Ltd, à Kowloon (Hong Kong) ; et Eka Cipta Co. Ltd, à Guangzhou (Chine). Au fur et à mesure de ce parcours professionnel, il assume de plus en plus de responsabilités et jouit de plus d’autonomie, passant du poste de responsable des ventes dans les deux premières entreprises à celui de directeur général dans la dernière, où il dirige efficacement la société.

 

Au bout de plus de dix ans dans le monde des affaires, Hussein est prêt à changer de voie. Depuis son plus jeune âge, il a toujours accordé une grande importance à l’aide que l’on peut apporter aux autres – qui, à ses yeux, a plus de valeur qu’un salaire élevé. Il a également pris conscience de ce qui compte vraiment pour lui : « Être entouré de sa famille, c’est ce qui rend heureux. » Son propre père est décédé alors qu’Hussein n’avait que trois mois, et sa première fille a succombé à une leucémie à l’âge de huit ans, après avoir terriblement souffert pendant sa dernière année de vie. Sa mort a été dévastatrice pour Hussein qui, ne connaissant pas la maladie dont elle souffrait, avait assuré à sa fille qu’elle guérirait. Il a le cœur brisé de ne pas avoir tenu sa promesse.

 

Hussein postule avec succès à un emploi au CICR et, en mai 2010, il prend ses fonctions en tant qu’assistant de la cheffe du bureau d’Aden. Ses racines locales et le fait qu’il parle couramment l’arabe et l’anglais (ainsi que l’indonésien) sont des atouts majeurs pour faciliter les activités du CICR dans le sud du Yémen. La première année, Hussein est chargé d’instaurer un dialogue ou d’entretenir le dialogue existant avec le Croissant-Rouge du Yémen, les autorités politiques et administratives locales, les chefs tribaux, la société civile et les fondations de bienfaisance. Sa connaissance du terrain est précieuse et permet de renforcer les relations avec ces différents groupes, qui sont d’une importance capitale pour l’action humanitaire du CICR. Il participe également à des missions d’évaluation des besoins et des conditions de vie des populations civiles – notamment des personnes déplacées – dans les zones touchées par le conflit dans le sud du Yémen.

 

Hussein est toujours bien informé grâce à son vaste réseau de contacts, qu’il doit en partie à la solide réputation de sa famille dans la région. Ses collègues font régulièrement appel à lui pour ses connaissances en matière de sécurité et pour évaluer les implications politiques des actions que prévoit le CICR.

 

Doué d’un réel esprit d’équipe, Hussein est à la fois sympathique et très respecté. Il apprend vite et se montre capable de gérer seul des situations difficiles. Estimant qu’il a les qualités requises pour devenir délégué généraliste sur le terrain, sa cheffe de bureau l’encourage à faire une formation complémentaire. Hussein croit profondément en la mission du CICR – apporter de l’aide aux personnes qui en ont besoin, quelles que soient leur appartenance ou leur situation. C’est en partie grâce à ses efforts que le CICR peut visiter des détenus aux mains d’un groupe régional affilié à Al-Qaïda, ce qui constitue à l’époque une réelle avancée.

 

Le 20 juin 2012, Hussein et trois autres membres du personnel sont en déplacement sur le terrain pour évaluer la situation humanitaire dans une zone de la province d’Abyan gravement touchée par les combats, lorsqu’une frappe aérienne tombe à proximité du véhicule de l’équipe du CICR. Hussein est mortellement blessé. Il meurt près de l’endroit où vit sa mère, dont la sécurité le préoccupait tant. Il avait 35 ans.

 

D’un naturel doux et travailleur, Hussein n’était pas motivé par l’argent ou la réussite apparente. Il pensait que tout le monde devait être traité avec respect et que personne ne devait avoir à subir de souffrances inutiles – principes qu’il appliquait dans ses paroles comme dans ses actes. Il croyait profondément en l’importance de la famille : lui et sa femme avaient quatre enfants, et un cinquième était en route lorsqu’il est décédé. Par-dessus tout, Hussein était convaincu du pouvoir du contact humain direct – et de la valeur de la parole donnée – si l’on veut améliorer la vie de ceux qui nous entourent.

Le CICR au
Yemen, 2012

Le CICR déploie ses premières activités au Yémen pendant la guerre civile qui éclate dans le nord en 1962. En 2012, depuis sa délégation de Sanaa, ses sous-délégations de Saada, Amran et Aden, et son bureau de Taïz, il s’efforce de répondre aux besoins des personnes touchées par le conflit dans tout le pays. Son accès à différentes régions du Yémen, en particulier au sud, dépend de ses relations avec les autorités, les chefs communautaires et les groupes armés. Les membres du personnel local tels que Hussein, chargés de créer des réseaux, jouent un rôle crucial à cet égard. Cet accès permet au CICR, cette année-là, de distribuer de la nourriture à plus de 250 000 personnes à travers tout le pays et de fournir des articles ménagers et des articles d’hygiène essentiels à quelque 225 000 personnes, dont des dizaines de milliers de déplacés internes. Il fournit également du matériel agricole et vétérinaire ainsi que d’autres aides à la subsistance à environ 85 000 personnes, et parvient à améliorer la situation de plus de 400 000 personnes en matière d’approvisionnement en eau et d’assainissement. Ses équipes se rendent dans 17 lieux de détention, effectuant plus de 40 visites et vérifiant les conditions de détention de plus de 5000 détenus. Face à la violence qui continue à sévir dans le pays, l’organisation distribue des fournitures et équipements médicaux à 17 hôpitaux et apporte son soutien à 11 postes de premiers secours. Elle prodigue elle-même des soins médicaux dans certains cas et dispense une formation aux premiers secours à plus de 1600 volontaires de la Société nationale. Elle apporte également son soutien à quatre centres de rééducation physique qui prennent en charge plus de 37 000 personnes, dont des patients équipés de nouvelles prothèses, et aide des membres de familles dispersées à rétablir ou maintenir le contact avec leurs proches grâce à des communications téléphoniques et des messages Croix-Rouge.

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